L’élagage des arbres dans un jardin privatif loué génère régulièrement des tensions entre locataire et propriétaire. Le décret n° 87-712 du 26 août 1987 place la taille, l’élagage et l’échenillage des arbres parmi les charges d’entretien courant du locataire. L’article 6 de la loi du 6 juillet 1989 impose en parallèle au bailleur de maintenir le logement et ses dépendances en bon état.
Entre ces deux textes, la frontière n’est pas toujours nette, et c’est dans cette zone grise que naissent les litiges.
Décret de 1987 et loi de 1989 : deux textes, deux logiques
Le décret n° 87-712 du 26 août 1987 dresse une liste précise des travaux d’entretien courant à la charge du locataire. Pour le jardin privatif, il mentionne explicitement le désherbage des allées, la tonte de la pelouse, l’arrosage des massifs, le nettoyage des bassins et piscines, ainsi que la taille, l’élagage et l’échenillage des arbres et arbustes.
La loi du 6 juillet 1989, dans son article 6, oblige le propriétaire à délivrer un logement décent, à entretenir les locaux en état de servir à l’usage prévu et à effectuer toutes les réparations autres que locatives. Un arbre dont le tronc se fissure, dont les racines soulèvent une terrasse ou dont une branche maîtresse menace de chuter ne relève plus de l’entretien courant : il s’agit d’un problème structurel ou de sécurité.
La difficulté tient à ce que ces deux textes ne définissent pas explicitement où s’arrête l’entretien courant et où commence la réparation liée à la vétusté. Un arbre sain de cinq mètres dont on taille les rameaux chaque année relève sans ambiguïté du locataire. Un arbre de quinze mètres jamais entretenu avant la signature du bail pose une question différente.

Élagage courant ou intervention de sécurité : le critère qui tranche
La distinction déterminante repose sur la nature de l’intervention, pas sur son coût seul. Un élagage courant consiste à supprimer les branches basses, raccourcir les rameaux qui débordent et maintenir un volume maîtrisé. Ce travail revient au locataire.
Ce qui relève du propriétaire
Lorsqu’un arbre présente un défaut structurel (cavité dans le tronc, champignons lignivores, inclinaison anormale), l’intervention relève du propriétaire au titre de la vétusté ou du risque. De même, un abattage complet ne peut pas être imputé au locataire : il modifie la consistance du bien loué et suppose l’accord du bailleur.
Un arbre dangereux dont la chute pourrait endommager le logement, la voie publique ou la propriété voisine engage la responsabilité du propriétaire. L’article 6 de la loi de 1989 fonde cette obligation.
Tempêtes et sinistres climatiques
Un événement climatique modifie l’analyse. Des branches arrachées par une tempête ou un arbre déraciné ne relèvent ni de l’entretien courant ni de la négligence du locataire. L’ANIL a publié une fiche sur ce type de sinistre le 3 septembre 2026, mise à jour le 21 septembre 2026, rappelant que l’urgence, la responsabilité et la prise en charge par l’assurance doivent être examinées séparément de l’obligation d’entretien.
En pratique, le locataire doit signaler immédiatement le sinistre au bailleur et à son assurance habitation. Engager des travaux sans accord du propriétaire expose le locataire à ne pas être remboursé, sauf urgence avérée mettant en danger des personnes ou des biens.
Branches chez le voisin : une responsabilité qui reste au propriétaire
Le locataire entretient le jardin, mais la question du voisinage obéit à d’autres règles. Le propriétaire doit veiller à ce que les branches de ses arbres ne dépassent pas sur le terrain voisin. Si elles débordent, le voisin peut exiger la taille et, en cas de refus, saisir le juge pour contraindre le propriétaire à intervenir.
Le locataire n’a pas qualité pour répondre à cette mise en demeure. Il peut (et devrait) alerter le bailleur, mais la responsabilité vis-à-vis du voisinage incombe au propriétaire du fonds. Un locataire qui taillerait de sa propre initiative les branches côté voisin sans instruction du bailleur s’expose à un litige avec ce dernier si l’arbre est endommagé.

Fourchettes de prix et critères qui font varier la facture d’élagage
Le coût d’un élagage varie considérablement selon la hauteur de l’arbre, son volume, son accessibilité et la région. D’après les données disponibles chez les concurrents spécialisés, un élagage revient en moyenne entre 100 et plus de 1 000 euros selon ces paramètres. Les facteurs qui pèsent le plus sur le devis sont les suivants :
- La hauteur de l’arbre : un arbre de moins de six mètres se taille depuis le sol ou avec une échelle, tandis qu’un sujet de dix mètres ou plus nécessite un élagueur grimpeur ou une nacelle, ce qui double ou triple le tarif.
- Le volume de bois à évacuer : un petit élagage d’entretien produit peu de déchets verts, mais une taille sévère sur un arbre négligé depuis plusieurs années génère un volume important, facturé en supplément pour le broyage et l’évacuation.
- L’accessibilité du chantier : un arbre en fond de jardin, accessible uniquement par un passage étroit, complique la logistique. À l’inverse, un arbre en bordure de route facilite l’intervention d’un camion-nacelle.
- La période d’intervention : la taille en période de repos végétatif (automne-hiver) est généralement recommandée pour la santé de l’arbre, et les élagueurs sont parfois plus disponibles à cette saison.
Un locataire qui fait réaliser l’élagage courant assume la totalité du coût. Si l’intervention dépasse l’entretien courant et relève de la sécurité ou de la vétusté, le propriétaire devrait prendre en charge la facture, sous réserve d’un accord préalable.
Pièges courants et erreurs à éviter avant de faire intervenir un élagueur
Plusieurs situations reviennent régulièrement dans les litiges locataire-propriétaire liés à l’élagage.
Faire réaliser des travaux coûteux sans prévenir le bailleur
Le locataire qui constate un arbre devenu imposant ou potentiellement dangereux peut être tenté de commander directement un élagage lourd. En dehors d’une urgence manifeste, le remboursement peut être refusé si le bailleur n’a pas donné son accord. La bonne pratique consiste à signaler le problème par écrit (lettre recommandée ou courriel avec accusé de réception), décrire l’état de l’arbre et demander au propriétaire de prendre position.
Confondre taille d’entretien et taille sévère
La taille d’entretien maintient la forme et le volume de l’arbre. La taille sévère (ou recépage) réduit drastiquement la ramure, parfois au tronc. Cette dernière modifie l’arbre de façon durable et peut compromettre sa survie. Un locataire qui procède à une taille sévère sans accord du propriétaire risque de devoir indemniser le bailleur pour la perte du végétal.
Négliger l’élagage pendant plusieurs années
Un locataire qui ne réalise aucun entretien du jardin pendant la durée du bail peut se voir facturer la remise en état lors de l’état des lieux de sortie. Les montants retenus varient, mais le principe reste constant : le locataire doit restituer le jardin dans un état comparable à celui de l’entrée, usure normale mise à part.
Ignorer la réglementation locale
Certaines communes imposent des restrictions sur l’élagage ou l’abattage d’arbres, notamment en zone classée ou protégée. Une autorisation préalable peut être requise. Ni le locataire ni le propriétaire ne peuvent s’affranchir de ces règles sous peine de sanctions.

Copropriété et élagage : un cas à part
Dans une copropriété, les arbres situés dans les parties communes relèvent du syndicat de copropriétaires. Les frais d’élagage sont intégrés aux charges de copropriété et répercutés au locataire via les charges locatives récupérables, dans la mesure où il s’agit d’entretien courant des espaces verts communs.
Le locataire d’un lot avec jardin privatif reste en revanche responsable de l’entretien des arbres situés dans sa jouissance exclusive, selon les mêmes règles que pour une maison individuelle. Le règlement de copropriété peut toutefois prévoir des dispositions spécifiques sur la hauteur maximale des plantations ou les essences autorisées.
La frontière entre élagage courant et intervention structurelle reste la même : si l’arbre menace la sécurité ou si son état résulte de la vétusté, c’est au propriétaire (ou au syndicat pour les parties communes) de prendre en charge les travaux.
Chaque situation d’élagage mérite une évaluation précise, adaptée à l’état réel de l’arbre, aux termes du bail et à la configuration du terrain. Pour obtenir un chiffrage fiable et savoir exactement ce qui vous incombe, remplissez le formulaire de demande de devis gratuit ci-dessous : un professionnel de l’élagage vous rappellera pour étudier votre cas.

